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Regards croisés : deux professionnels du compost partagent leurs méthodes

Par Maxime
5 minutes

Deux profils, deux pratiques : la diversité du compost au jardin


Le compost est devenu un réflexe presque automatique dans de nombreux jardins français. Pourtant, derrière ce mot se cachent des méthodes variées, adaptées aux profils et aux contraintes de chacun. Aujourd’hui, gazonfacile.fr est allé à la rencontre de deux professionnels qui pratiquent le compost au quotidien, chacun à leur manière : Laurence Delcourt, régisseuse d’un grand espace collectif en périphérie urbaine, et Matthieu Roche, horticulteur bio en zone rurale. Au fil de l’entretien, ils livrent sans détours leurs astuces, leurs ratés, et les convictions qui les poussent à faire rimer compostage avec autonomie, fertilité, et respect du vivant.


Laurence Delcourt : coordonner un compost collectif en ville


Installée à la tête d’un jardin partagé en région lyonnaise, Laurence voit le compost comme une "courroie de transmission écologique" : "Collecter nos déchets de cuisine, c’est éduquer chacun à regarder ses déchets autrement. Dans notre espace, plus de 30 familles participent, ce qui exige une organisation et une pédagogie continues."


Les clés du collectif : pédagogie et variété des apports


Pour Laurence, le secret d’un bon compost de quartier, c’est la diversité : "Les biodéchets domestiques (épluchures, marc de café, coquilles d’œufs) sont souvent très azotés et humides. On équilibre chaque apport avec du carton non imprimé, des petits bouts de bois, des feuilles mortes." Les consignes sont affichées : pas de viande, ni de restes cuisinés (qui attireraient rats et mouches), mais tout le monde est invité à varier les apports.
"Pour éviter le compactage," raconte-t-elle, "il faut brasser toutes les semaines, ce qui devient un petit rituel communautaire. Chaque nouveau participant reçoit une fiche, nous animons des ateliers pour expliquer les cycles, l’importance de l’aération, et même les petites bêtes qui habitent le tas."


Étape par étape : réussir son compost collectif


  1. Collecte organisée : Des seaux de cuisine sont distribués, et deux espaces de dépôt existent sur le jardin. Chacun y vide ses biodéchets chaque semaine.
  2. Équilibrage carbone/azote : Une grande caisse de broyat, branchages et feuilles mortes est toujours à portée de main, pour saupoudrer une poignée "brune" à chaque venue.
  3. Mélange régulier : Les membres sont invités à retourner la matière au moins une fois par semaine pour offrir de l’oxygène, essentiel aux bactéries aérobies.
  4. Surveillance de l’humidité : "Le compost doit rester souple, ni détrempé, ni poussiéreux."
  5. Gestion du calendrier : Un planning de tamisage et de répartition du compost mûr est affiché pour organiser la collecte destinée aux parcelles individuelles.

Laurence s’appuie sur son expérience de l’animation : "Certains sont réticents au début – peur des odeurs, peur des rats. Mais quand on voit le terreau noir, riche, qui sort au printemps, tout le monde se convertit." Pour elle, le compost "est rassembleur, il responsabilise petits et grands."


Matthieu Roche : la précision du compost de ferme


Dans le sud-ouest, Matthieu Roche cultive légumes et petits fruits en agriculture biologique, sur trois hectares. Ici, le compost est à la fois fondamental et "adapté comme une bonne recette". Les volumes sont conséquents : "J’utilise tout ce que la ferme produit : fumiers de poules et de lapins, tailles de haies, résidus de culture, mais aussi des apports verts du voisinage – tontes, feuilles. L’objectif : obtenir une matière mûre, fine, sans odeur, pour enrichir chaque planche de culture avant le semis."


Sur le terrain : mélange, gestion de température, tamisage


Matthieu est adepte du compostage en andains (longs tas remués à la fourche ou au tracteur). "J’essaie toujours d’alterner couche brune (paille broyée, branches) et verte (restes de légumes, tontes fraîches). Juste ce qu’il faut d’humidité, à vérifier avec le test du 'poing' (presser une poignée, elle doit se tenir sans couler)."


  • Mon conseil : "Mieux vaut un tas aéré et peu chargé qu’une montagne inerte et odorante."
  • Température : "Je surveille : à la montée, le centre du tas atteint vite 55-60°C, ce qui élimine les graines et maladies. Après deux remuages, la température retombe, signe que la maturation commence."
  • Délai moyen : Trois à six mois selon la saison, la composition et la météo. "Je tamise le compost mûr pour ne garder que la fraction fine, qui file aux semis de carottes, oignons, navets. Les éléments grossiers repartent en fond de tas pour un nouveau cycle."

Pour le maraîcher, la clé est l’observation : "Chaque année est différente : après un hiver humide, le tas peut sentir l’ammoniac (trop d’azote, manque d’air). Un été trop sec, le compost se 'fige', les lombrics désertent. On rectifie toujours : apport de carbone, brassage, ou arrosage en profondeur si besoin."


Questions croisées : les points d’accord… et les débats


  • Sur la notion d’équilibre : "C’est le secret de tout : pas assez de carbone, tout tourne en jus et pourrit. Pas assez d’azote, le compost stagne", résume Laurence. "Mais il faut oser composter large : plus d’ingrédients, plus de vie.", complète Matthieu.
  • Solaire ou ouvert ? Laurence prône le bac fermé pour limiter les nuisibles en ville. Matthieu préfère les tas ouverts : "Le brassage à l’air libre, c’est aussi plus de microfaune, plus de diversité de champignons."
  • Odeurs et nuisibles : Les deux s’accordent : "Si ça pue, c’est 'volontaire'. Un bon compost sent la terre de forêt humide, jamais la poubelle. Les rats ? On évite les restes cuits, on brasse, et ils partent chercher ailleurs."
  • Le compost à tout faire ? Tous deux rappellent : "Le compost mûr n’est pas un engrais ; c’est surtout un amendement. Il fertilise doucement, structure le sol et nourrit la vie souterraine. Pour 'booster' un massif, on peut compléter par des extraits fermentés (ortie, consoude) ou un mulch organique."

Leurs conseils aux jardiniers débutants


  1. Commencez petit : "Un bac ou un tas, mais essayez. Une dizaine de litres d’apports par semaine suffit pour lancer le processus."
  2. Variez : "Mélangez feuilles, épluchures, copeaux, marc de café. Pensez à l’équilibre brun/vert (deux parts brunes pour une part verte)."
  3. Aérez : "Remuez régulièrement, c’est la base. Le compostage n’est ni sale ni sorcier."
  4. Observez : "Un compost trop humide ou tassé ? Ajoutez des feuilles. Trop sec ? Un arrosoir et c’est reparti."
  5. Soyez patients : "Il faut entre 4 et 10 mois pour obtenir un compost mûr, selon le rythme des saisons et le soin apporté."

Zoom outils et ressources pratiques


  • Fiches "comprendre et réussir son compost" : techniques de base, liste des matières compostables, astuces pour chaque saison (PDF à télécharger sur gazonfacile.fr).
  • Tableau "équilibre vert / brun" : exemples d’apports pour chaque catégorie ; aide-mémoire pour débuter.
  • Forum "Compost groupé" : échange d’expériences, photos des composteurs maison ou collectifs, trucs pour éviter les erreurs classiques.
  • Vidéo-tutoriels : fabriquer son composteur, réussir l’aération, tamiser et utiliser ses premières récoltes.

Bilan partagé : au-delà du déchet, un outil de résilience et de lien


Pour Laurence Delcourt comme Matthieu Roche, composter ne se résume pas à "jeter à la terre". C’est changer de regard sur la matière, créer un cycle vertueux où chaque déchet redevient ressource. Plus encore, ils insistent : le compost favorise la transmission : "De la maternelle au senior, tout le monde peut participer. C’est un terreau pour la biodiversité et le vivre-ensemble."


Si chaque jardinier adapte sa méthode, leur expérience prouve : un compost bien pensé, c’est la promesse d’une terre vivante, fertile, et d’une main verte pour des générations. Découvrez guides détaillés, retours du terrain et entraide entre jardiniers sur gazonfacile.fr – pour faire rimer jardin avec partage et simplicité.

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