Échanger avec une experte : pourquoi la biodiversité est-elle essentielle au jardin ?
Au fil des saisons, de plus en plus de jardiniers se préoccupent de la biodiversité et souhaitent adapter leurs pratiques pour mieux respecter le vivant. Mais qu’entend-on par biodiversité au jardin ? Et en quoi notre manière de jardiner influence-t-elle la faune et la flore locales ? Pour mieux comprendre les enjeux et découvrir des pistes concrètes d’action, gazonfacile.fr a rencontré Élise Martin, écologue et conseillère en aménagement écologique des jardins, qui œuvre depuis vingt ans à la sensibilisation grand public.
Quelques repères : qu’est-ce que la biodiversité au jardin ?
« On pense souvent à la biodiversité comme à quelque chose de lointain, lié aux forêts tropicales ou aux grands espaces. Pourtant, votre jardin, quel qu’il soit, représente une vraie mosaïque de vie. On y retrouve une multitude d’espèces de plantes, d’insectes, d’oiseaux, de champignons et de petits mammifères. Ce capital vivant rend le jardin plus résilient, plus beau, mais aussi plus productif et autonome », explique Élise.
Favoriser cette biodiversité au quotidien, c’est offrir abri, nourriture et lieux de reproduction à de nombreux organismes utiles. C’est aussi se reconnecter à la nature et la faire découvrir aux plus jeunes.
Quels sont les principaux alliés naturels présents dans nos jardins ?
L’experte insiste : « À partir du moment où vous introduisez une diversité de milieux (pelouse, massif fleuri, haie, compost, petit bassin…), vous créez les conditions pour accueillir des auxiliaires précieux. » Parmi eux :
- Les pollinisateurs : abeilles domestiques, abeilles solitaires, bourdons, papillons, syrphes… Indispensables à la fécondation de bon nombre de fleurs et de légumes.
- Les prédateurs de ravageurs : coccinelles, chrysopes, carabes, perce-oreilles, mésanges, chauves-souris, hérissons… Ils régulent naturellement pucerons, limaces ou chenilles indésirables.
- Les décomposeurs : vers de terre, cloportes, mille-pattes, champignons, micro-organismes : ils transforment la matière organique en humus, nourrissant la terre en continu.
De l’analyse à l’action : repérer la biodiversité dans son propre jardin
Élise recommande d’abord l’observation : « Prenez le temps de flâner, de soulever quelques feuilles mortes, de guetter les allées et venues autour d’un massif fleuri ou d’un tas de bois. Notez les insectes que vous voyez, écoutez le chant des oiseaux, repérez l’activité au compost… Laissez-vous surprendre par la diversité discrète qui vit autour de vous. »
Même en zone urbaine, un simple balcon végétalisé attire papillons, abeilles ou coccinelles.
Quelles pratiques favorisent concrètement la biodiversité ?
- Diminuer les surfaces tondues rases : « Une pelouse intégralement tondue chaque semaine, c’est une monoculture pauvre. En laissant certaines zones pousser, en créant des bandes fleuries ou de petites prairies, vous offrez le couvert à d’innombrables insectes. »
- Semez et plantez diversifié : Mélangez plantes locales, fleurs mellifères, graminées variées, végétaux couvre-sol et arbustes à baies. Les variétés anciennes de légumes et d’aromatiques abritent plus de pollinisateurs.
- Évitez les traitements chimiques : « Chaque pulvérisation de pesticide élimine, au-delà des cibles, des insectes bénéfiques et déstabilise l’équilibre du jardin. Privilégiez la lutte préventive et raisonnée, et acceptez une certaine tolérance aux "indésirables". »
- Multipliez les abris : Empilez quelques bûches, installez de vieux pots retournés, suspendez des fagots de tiges creuses, construisez un abri à hérisson. Pensez aux hôtels à insectes à adapter à vos besoins (bourdons, abeilles sauvages, coccinelles, osmies…)
- Laissez la vie souterraine œuvrer : « Le sol, c’est le cœur du jardin vivant. Limitez le bêchage profond, enrichissez-le avec du compost mûr, du paillage ou des engrais naturels. »
S’inspirer de la nature : exemples et retours de terrain
Élise partage de multiples anecdotes tirées de ses missions :
« Une simple haie champêtre plantée en bordure de lotissement attire en quelques années merles, mésanges, lézards, chauves-souris et abeilles charpentières, alors qu’avant il n’y avait que du gazon monotone. »
« Des bandes fleuries semées dans un potager collectif de quartier multiplient le nombre de pollinisateurs observés en été, stabilisent les populations de coccinelles et réduisent de moitié les attaques de pucerons : la nature équilibre elle-même les "problèmes" quand on lui en donne les moyens. »
Dans chaque projet, la diversité des formes, couleurs, hauteurs et périodes de floraison garantit la présence d’une faune variée et crée un paysage vivant, qui évolue toute l’année.
Biodiversité et gestion au quotidien : comment concilier esthétique et naturel ?
Jardiner pour la biodiversité, ce n’est pas renoncer à l’ordre ou à l’esthétique : « On peut structurer ses massifs, garder une zone de pelouse pour jouer, soigner les allées tout en ménageant des coins plus sauvages », assure Élise. Quelques propositions :
- Laisser une bordure fleurie non tondue le long de la haie : brassée de fleurs sauvages, refuge pour papillons et syrphes.
- Mélanger plantes vivaces et aromatiques: leurs différentes périodes de floraison offrent le couvert du printemps à l’automne.
- Installer un petit point d’eau (bassine, mare, mini-bassin) qui attire amphibiens, libellules, oiseaux et insectes divers.
- Maintenir quelques vieux troncs ou souches discrètes comme supports de mousse, abris et source de nourriture pour une multitude d’espèces.
Éviter les pièges : erreurs fréquentes à corriger
- Uniformiser tout l’espace en tondant ou bêchant partout systématiquement : « Vous privez la plupart des espèces d’abri ».
- Favoriser une seule espèce de plante (gazon anglais, haie de thuya, massif unique) : trop d’homogénéité limite la vie animale et végétale.
- Laisser le sol nu : préférez le paillage naturel ou la plantation couvre-sol.
- Arracher systématiquement les plantes spontanées (dites "mauvaises herbes") : nombre d’entre elles sont essentielles à l’alimentation des insectes ou oiseaux.
- Utiliser hors-sol et bâches plastiques : elles coupent tout échange entre sol, racines et microfaune.
Comment impliquer la famille ou le voisinage ?
« La biodiversité s’apprend aussi en famille ! Initiez vos enfants à l’observation "au ras du sol", sensibilisez vos voisins à ne pas traiter les haies mitoyennes avec du désherbant, proposez de construire un hôtel à insectes commun ou d’organiser une journée d’observation des oiseaux. Beaucoup de petites actions partagées ont un effet démultiplié. »
De nombreux quartiers et communes lancent aujourd’hui des concours de jardins nature, des recensements participatifs ou favorisent le fleurissement spontané des trottoirs.
Ressources et outils pratiques à découvrir
- Fiches "jardiner pour la biodiversité" : listes de plantes locales, pas à pas pour créer une bande fleurie, conseils pour mare naturelle (PDF Guides pratiques sur gazonfacile.fr).
- Forum d’entraide "Réseau vivant" : partage de plans de massifs, identification d’insectes, retours sur hôtels à insectes ou nichoirs à oiseaux.
- Tableaux saisonniers : calendrier des floraisons longues, des périodes favorables à l’entretien ou à la taille douce.
- Vidéo-tutoriels : installer un compost, semer une prairie fleurie, fabriquer un abri à hérisson, bien choisir et placer ses plantations.
Conclusion : jardiner autrement, c’est s’ouvrir au vivant
La biodiversité au jardin ne se limite pas à une mode : elle devient enjeu de société. Chacun peut à sa mesure transformer un coin de verdure en sanctuaire vivant, source de beauté mais aussi de services naturels : pollinisation, régulation naturelle des "nuisibles", fertilité durable du sol…
Comme le rappelle Élise Martin, « changer de regard, observer, tester de nouvelles associations végétales et accueillir la diversité, c’est réenchanter son jardin en retrouvant un émerveillement chaque année renouvelé ! »
Pour aller plus loin, retrouvez conseils, témoignages, guides et outils téléchargeables sur gazonfacile.fr : parce qu’un jardin vivant, c’est d’abord une histoire d’échanges et d’aventures partagées.